Femme, j’écris ton nom…

Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions.

L’étude rigoureuse de la langue française, de son histoire, de sa structure et de ses particularités, quand elle s’applique à la féminisation du vocabulaire, c’est-à-dire à la parité dans le lexique, conduit à trois remarques liminaires.

❶La pression de la norme, en français, est telle que tout mot nouveau fait sourire, dérange ou inquiète. Cela est d’autant plus regrettable que la créativité lexicale qui, depuis les ori- gines, a enrichi notre vocabulaire de centaines de milliers de mots, est un signe de vitalité de la langue. Cette créativité est à encourager, à l’heure où les grandes langues internationales sont en forte rivalité. Certains se plaignent du nombre d’em- prunts que fait la langue française ; ils devraient être les pre- miers à accueillir avec faveur les créations nouvelles.

❷Pour des raisons qui ne sont pas grammaticales, le féminin est souvent dépréciatif : que l’on pense à la sériegalant/galante, professionnel/professionnelle, sorcier/sorcièree, tc. Cette déprécia- tion redouble la hiérarchie des fonctions sociales occupées par les hommes et les femmes : le couturier est un créateur, la cou- turière une petite main. Ceci explique que le suffixe -esse, par- faitement neutre dans l’ancienne langue (chanoinesse), soit res- senti aujourd’hui comme péjoratif : ce n’est pas par hasard que les adversaires de la parité dans le langage font mine de combattre des ministresses, députesses, membresses, etc., que personne ne songe à utiliser. La circulaire du 11 mars 1986 fut sage de déconseiller l’emploi de ce suffixe, et de recommander une suffixation  minimale.  Il faut garder  en  mémoire qu’un substantif   féminin   nouveau,   même  parfaitement  formé (députée), ou d’une forme déjà existante (juge), rencontre le double handicap de la néologie et de la péjoration souvent attachée au féminin.

❸La parité dans le lexique n’est pas, pour l’essentiel, une question linguistique ni même grammaticale. De très nom- breux substantifs féminins désignant des métiers, titres, grades et fonctions existent déjà, les autres se forment aisément ; leur existence était latente, seules les conditions sociales en ont dif- féré l’emploi. Quelques substantifs posent un problème mor- phologique : ils seront évoqués plus loin. Il est à noter que cer- tains masculins donnent parfois lieu à plusieurs féminisations, morphologiquement possibles et dûment attestées ; c’est l’usage qui tranchera.

L’intervention des spécialistes de la langue française consistera donc dans un rappel historique ; dans l’énoncé des règles de formation du féminin (règles bien résumées déjà dans la circu- laire du 11 mars 1986) ; dans l’étude des difficultés qui peu- vent accompagner cette formation ; dans la présentation d’une liste indicative de substantifs féminins accompagnés du numéro de la règle qui a servi à les former.

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